Passage de la flamme

Pourquoi tant de bruit pour le passage de la flamme olympique ? Les images du journal télévisé ont montré ce soir une foule déchaînée dans les rues de Londres. Il est triste de voir que l’on s’acharne à vouloir éteindre ou piétiner le symbole de l’olympisme et de la paix. Demain, le passage de la flamme à Paris mobilisera plus de 3000 policiers et un dispositif de sécurité plus important que pour la visite d’un chef d’état…

Ce type de comportement ne fait qu’attiser une haine fondée sur l’incompréhension : méconnaissance du contexte culturel et de l’histoire, désorientation face à la guerre de l’information qui déforme et instrumentalise les faits au Tibet. Par ailleurs, nous donnons en ce moment même les arguments au parti communiste chinois pour renforcer la sécurité et restreindre les libertés lors des Jeux ! Et c’est bien ce que les Chinois nous reprochent : de regarder le brin de paille qui est dans leur oeil, alors que nous ne voyons pas la poutre qui est dans le nôtre.

En l’occurrence, le brin de paille est assez gros, plutôt de la taille d’une meule de foin ! Nous l’avons vu pendant les dernières semaines de répression et de censure médiatique au Tibet. La question que je me pose : que se serait-il passé si la Chine n’avait pas la responsabilité de l’organisation des JO ? Un bain de sang à Lhassa comme celui de Tian An Men en 1989 ? Probablement.

Ce que fait le régime chinois au Tibet est de la colonisation pure et dure : il force les enfants tibétains à apprendre le mandarin, il détruit la culture traditionnelle tibétaine et exclut la population locale du bien-être économique qu’il apporte pourtant (et c’est indéniable) dans la région. Les aspirations des Tibétains ne sont pourtant pas ambitieuses : ouverture d’un dialogue avec le pouvoir central, participation à la vie économique, statut d’autonomie (et non d’indépendance comme la Chine se plaît à le souligner) et liberté religieuse.

C’est aussi cela - et pas plus - que demande le Dalai Lama depuis son exil forcé en Inde. Or, ce message est déformé et les “incitations au terrorisme de la clique du Dalai Lama” dénoncées par les autorités chinoises. La parti communiste chinois a en réalité peur de son propre peuple, il ne lui fait pas confiance en censurant toute information nuisible à la stabilité et à l’harmonie. On revient ici à l’opposition Vérité (occidentale) contre Harmonie (orientale) - pour schématiser - dont j’avais parlé dans un billet précédent.

Je ne dis pas que ce fut une erreur d’attribuer les Jeux Olympiques à la Chine. Je dis que la Chine ne se montre actuellement pas à la hauteur des responsabilités qui lui ont été confiées, à savoir organiser des Jeux dans l’esprit de la Charte Olympique dont j’aimerais ici rappeler quelques principes.

  • L’Olympisme est une philosophie de vie, exaltant et combinant en un ensemble équilibré les qualités du corps, de la volonté et de l’esprit. Alliant le sport à la culture et à l’éducation, l’Olympisme se veut créateur d’un style de vie fondé sur la joie dans l’effort, la valeur éducative du bon exemple et le respect des principes éthiques fondamentaux universels.
  • Le but de l’Olympisme est de mettre le sport au service du développement harmonieux de l’homme en vue de promouvoir une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine.

Même si l’article 51 de ladite charte stipule qu’aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique, les athlètes seront tout à fait en droit de montrer leur désaccord avec la situation des Droits de l’Homme en Chine et ailleurs dans le monde. En effet, la charte olympique n’a aucune valeur contraignante sur le plan du droit, même si sur le plan sportif une contravention à ces règles reviendrait à une disqualification.

En revanche, le Pacte des Droits Civils et Politiques, signé en 1998 par la Chine a, lui, force contraignante. L’article 19, alinéa 2 mérite d’être rappelé : Toute personne a droit à la liberté d’expression; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix.

Il est dans le pouvoir de la Chine de faire changer les choses. Espérons qu’elle saisira cette magnifique occasion des Jeux Olympiques pour montrer au monde qu’elle n’est pas seulement un simple partenaire économique, mais aussi un exemple au delà de la compétition sportive !

Parsifal

GraalL’Opéra Bastille plein à craquer pour la première de “Parsifal” mardi 4 mars. C’est compréhensible pour des Français qui ont la réputation d’adorer de manière parfois déraisonnable le grand compositeur germanique. Quelle ne fut pas ma surprise de voir que l’accueil réservé à cet opéra fut pour le moins mitigé ! Quelques puristes autoproclamés ont en effet manifesté leur désaccord avec la mise en scène par des huées et des insultes lancées à l’encontre du metteur en scène (Krzysztof Warlikowski). En plus de trouver ce comportement stérile et enfantin, j’estime qu’il est indécent de ne pas au moins apprécier la quantité de travail fourni, même si celui-ci n’est pas considéré à la hauteur. On dirait bien que notre président a fait des émules ! Il semblerait qu’il soit devenu “à la mode” d’huer lors d’un spectacle. D’après plusieurs articles que j’ai lus, ce qui se passe à la Scala de Milan semble bien illustrer ce fait.

J’ai justement beaucoup apprécié cette mise en scène résolument moderne et qui utilisait tous les moyens techniques à disposition (projection de films, effets de lumière, amphithéâtre tournant). Cette mise en scène “multimédiale” permettait à un public peu initié de bien comprendre l’histoire, parfois très mystique et obscure, autour du Graal et de ses chevaliers. N’est-ce pas cela, la démocratisation de l’opéra sans tomber dans une mise en scène “jeans-baskets” ? Cela n’a pas plu au public français, “traditionnaliste”.

En revanche, et cela même les adorateurs intégristes du grand Richard en conviendront, la qualité musicale et artistique du spectacle était très élevée. Les solistes étaient tous parfaits, surtout la soprane Waltraud Meier déchirée et déchirante dans le rôle de Kundry et du bassiste Franz Josef Selig (timbre profond et chaleureux) dans le rôle de Gurnemanz. Les choeurs de l’Opéra de Paris, même s’ils manquaient un peu de précision par endroits, étaient célestes à souhait et l’orchestre, dirigé par l’excellent et précis Hartmut Haehnchen, déroulait son tapis sonore wagnérien de manière claire et articulée. Le travail remarquable des cuivres est ici à souligner !

Conclusion : à voir si vous êtes à Paris, même si vous n’êtes - comme moi - pas un adepte de Wagner. Vous verrez à peine passer les 5h15, contrairement à ce que peut affirmer Renaud Machart du Monde dans sa critique, injuste selon moi.

Fraude fiscale

Le fisc allemand est en avance sur son temps. Il propose désormais en téléchargement un formulaire standardisé de “déclaration de fraude fiscale”. Malheureusement il n’en a pas été fait bon usage par quelques centaines de contribuables… Ce n’est pas bien, mais alors pas bien du tout de ne pas déclarer sa fraude ! :cool: A quand le formulaire CERFA FraudFisc367 ? :twisted:

Steuerhinterziehung

The Great Firewall

J’écris cet article en sachant que dans les prochaines semaines mon blog ne sera pas accessible de Chine. :twisted:

On le sait depuis longtemps, dans l’Empire du Milieu Internet et les médias sont contrôlés de manière très étroite, afin de promouvoir une “société harmonieuse”. :???:

La dernière nouveauté des censeurs : des pare-feus adaptatifs qui filtrent non seulement les requêtes provenant du territoire chinois, mais aussi celles venant de l’étranger. Ainsi, toutes les requêtes extérieures sur des sites chinois sont surveillées et les mots clés “douteux” vérifiés et intégrés au système de blocage. Ingénieux, non ? En tout cas un excellent moyen de contrôle social ! :twisted:

Deux articles qui développent de manière plus détaillée ces techniques :

Cela et un certain nombre d’autres mesures techniques de rétention d’information et de censure automatique a pour résultat que les sujets de conversation des “Chinois de Chine” sont bien souvent très éloignés de ceux des Chinois d’outre-mer… Ces derniers en savent toujours plus sur des événements intérieurs de la Chine que les personnes sur place. Paradoxal ? Pas le moins du monde pour un pays qui ne cesse de dire qu’il organisera les meilleurs JO de tous les temps tout en baillonnant ses propres citoyens.

Mais regardons d’abord chez nous et méfions nous de ceux qui parlent de manière trop tonitruante de liberté, d’égalité et de fraternité et vantent les mérites de nos démocraties occidentales. La pente est parfois glissante… et le réveil rude !