Monthly Archive for janvier, 2005

Der Untergang - La Chute

Deux avis radicalement opposés après la sortie de ce film sorti aujourd’hui en France et qui semble se prêter facilement à la polémique (infondée à mon avis):

France 2
Libération

…sans oublier Le Monde.

Pour avoir vu ce film dimanche dernier en Allemagne, j’aimerais insister sur la prouesse du célèbre acteur allemand Bruno Ganz à incarner un personnage, en l’occurence Hitler, dans des situations de vie autres que ses fameux discours. Folie, nostalgie, rancunes personnelles hantent cet homme paranoïaque au possible, conscient sans vouloir se l’avouer que le troisième Reich s’écroule. Ganz maîtrise à merveille tous les registres de l’art dramatique et dresse un portrait dérangeant de cet homme que tout le monde croit connaître. La lecture de biographies d’Hitler est d’ailleurs fortement recommandée afin de saisir avec plus de finesse certaines réactions, certains détails (plus ou moins humains !) dans la personnalité du dictateur. Je soupçonne certains critiques (allemands et francais) de ne pas avoir lu une page de ces biographies lorsqu’ils reprochent au réalisateur la peinture d’un dictateur aux traits trop humains. La ressemblance avec l’original est effectivement troublante et je me suis demandé quelle aurait bien été ma réaction si, comme la toute jeune secrétaire Traudl Junge, j’avais décroché un poste dans l’entourage immédiat du Führer…

Certes, ce film reste un long téléfilm de 2h30, comme l’avait été en 2000 Der Tunnel de Roland Suso Richter, mais il a le mérite de s’arrêter sur un dernier tabou de l’histoire allemande: la chute finale du troisième Reich. Pourquoi faire de l’histoire sélective qui serait censurée par des tabous ancrés dans une conscience populaire ? Pourquoi un dictateur, si méprisables et monstrueux qu’aient été ses actes, ne pourrait-il pas être représenté sur un écran de cinéma ? Le personnage d’Hitler est (malheureusement) devenu mythique: il incarne depuis la fin de la seconde guerre mondiale la barbarie humaine à l’état pur. Le mérite du film d’Oliver Hirschbiegel est de nous rappeler qu’il suffit d’un seul homme (même pas si monstrueux que cela dans la vie quotidienne !) pour déclencher un cataclysme d’ampleur planétaire. Il démystifie en quelque sorte le dictateur en lui donnant un visage humain.

A mon avis, ce film doit inciter à la discussion plutôt qu’à la polémique. Cette discussion devrait porter sur deux questions. Premièrement, comment orienter mon action face à des situations qui me dépassent et auxquelles je suis soumis (c’est la question que se pose à la fin du film la secrétaire personnelle d’Hitler Traudl Junge) ? Cette question est malheureusement toujours d’actualité… Deuxièmement, quel est notre regard sur l’Histoire ? N’avons-nous pas tendance é dissimuler des faits dérangeants, à construire un mythe autour de certains personnages historiques ?

En réalité, Oliver Hirschbiegel a voulu choquer. C’est réussi et je l’applaudis pour ce choc salutaire qui contribuera, espérons-le, à changer l’angle de vue de ceux qui iront voir ce film sur l’Histoire et ne manquera pas de susciter de nombreuses interrogations. Conclusion: un film à voir d’urgence !