Première réaction après cette soirée à l’Opéra Bastille: ne pourrait-on pas prolonger l’année Mozart en 2007 ? Cela fait du bien de pouvoir réécouter les plus grands chefs-d’oeuvre de ce compositeur qui sait nous faire rire, pleurer… ou les deux en même temps ! Et dans son Don Giovanni, il n’arrête pas. Il nous fait rire de la vacuité du personnage principal imbu de sa personne, pleurer pour l’amour inébranlable et vain que lui porte Donna Elvira et rire et pleurer en même temps - ma foi - de toute cette tragi-comédie nommée par Mozart lui-même drama giocoso.
Pourtant plutôt réticent à toute mise en scène moderne, je trouve que le choix de Michael Haneke est extrêmement judicieux pour un opéra tel que celui-ci. Il place le décor qui reste le même pendant la durée de toute l’oeuvre dans un gratte-ciel moderne. Jeux de lumière, de transparence du décor et la pénombre d’un bâtiment administratif la nuit donnent une ambiance tout à fait appropriée à la dernière nuit de Don Juan. Don Giovanni et Leporello sont habillés comme des jeunes tycoons en quête d’argent, de puissance et… de femmes ! Les rôles des servantes et domestiques sont quant à eux revêtus de l’uniforme d’une entreprise de nettoyage.
La mise en scène contribue à installer une deuxième histoire dans l’histoire originelle. Haneke nous donne un exemple parlant des relations ambigües et souvent empoisonnées qui règnent au sein d’une entreprise. La longueur des silences poussée à l’extrême dans les récitatifs nous incite à réfléchir sur l’impact du non-dit dans nos relations humaines.
Que dire des chanteurs ? On retiendra un Peter Mattei (Don Giovanni) à la carrure exceptionnelle (rien que physiquement, l’homme en impose). Il se plaît à narguer de sa voix de baryton charmeur les coeurs de ses conquêtes féminines et du public. Carmela Remigio qui chante sublimement Donna Anna et son destin tragique est l’une de ces soprani qui vous font monter les larmes aux yeux par leurs jeux de clair-obscur dans leur timbre qui sait s’adapter à chaque situation. La coquette et mignonne Zerlina, interprétée par Aleksandra Zamojska, manque encore un peu d’assurance, mais s’y prend très bien pour embobiner tous les hommes, à commencer par le sien (Masetto). Enfin, j’ai été impressionné par Arpiné Rahdjian (Donna Elvira) qui fait son début à l’Opéra de Paris. Sa voix pleine et majestueuse était parfaitement adaptée au rôle de la femme qui brûle d’un amour sincère pour Don Giovanni. J’ai retenu mon souffle lors de l’aria dans laquelle elle implore ce personnage immonde de l’aimer.
Pour terminer, l’orchestre de l’Opéra National de Paris est comme toujours un régal. Il est pour Don Giovanni sous la baguette du jeune chef allemand Michael Güttler, dynamique et précis, ce qui lui permet de nous livrer un Mozart très vif et plein de contrastes, mais aussi un Mozart plus silencieux, qui semble se recueillir par moments.