Monthly Archive for avril, 2008

Passage de la flamme

Pourquoi tant de bruit pour le passage de la flamme olympique ? Les images du journal télévisé ont montré ce soir une foule déchaînée dans les rues de Londres. Il est triste de voir que l’on s’acharne à vouloir éteindre ou piétiner le symbole de l’olympisme et de la paix. Demain, le passage de la flamme à Paris mobilisera plus de 3000 policiers et un dispositif de sécurité plus important que pour la visite d’un chef d’état…

Ce type de comportement ne fait qu’attiser une haine fondée sur l’incompréhension : méconnaissance du contexte culturel et de l’histoire, désorientation face à la guerre de l’information qui déforme et instrumentalise les faits au Tibet. Par ailleurs, nous donnons en ce moment même les arguments au parti communiste chinois pour renforcer la sécurité et restreindre les libertés lors des Jeux ! Et c’est bien ce que les Chinois nous reprochent : de regarder le brin de paille qui est dans leur oeil, alors que nous ne voyons pas la poutre qui est dans le nôtre.

En l’occurrence, le brin de paille est assez gros, plutôt de la taille d’une meule de foin ! Nous l’avons vu pendant les dernières semaines de répression et de censure médiatique au Tibet. La question que je me pose : que se serait-il passé si la Chine n’avait pas la responsabilité de l’organisation des JO ? Un bain de sang à Lhassa comme celui de Tian An Men en 1989 ? Probablement.

Ce que fait le régime chinois au Tibet est de la colonisation pure et dure : il force les enfants tibétains à apprendre le mandarin, il détruit la culture traditionnelle tibétaine et exclut la population locale du bien-être économique qu’il apporte pourtant (et c’est indéniable) dans la région. Les aspirations des Tibétains ne sont pourtant pas ambitieuses : ouverture d’un dialogue avec le pouvoir central, participation à la vie économique, statut d’autonomie (et non d’indépendance comme la Chine se plaît à le souligner) et liberté religieuse.

C’est aussi cela - et pas plus - que demande le Dalai Lama depuis son exil forcé en Inde. Or, ce message est déformé et les “incitations au terrorisme de la clique du Dalai Lama” dénoncées par les autorités chinoises. La parti communiste chinois a en réalité peur de son propre peuple, il ne lui fait pas confiance en censurant toute information nuisible à la stabilité et à l’harmonie. On revient ici à l’opposition Vérité (occidentale) contre Harmonie (orientale) - pour schématiser - dont j’avais parlé dans un billet précédent.

Je ne dis pas que ce fut une erreur d’attribuer les Jeux Olympiques à la Chine. Je dis que la Chine ne se montre actuellement pas à la hauteur des responsabilités qui lui ont été confiées, à savoir organiser des Jeux dans l’esprit de la Charte Olympique dont j’aimerais ici rappeler quelques principes.

  • L’Olympisme est une philosophie de vie, exaltant et combinant en un ensemble équilibré les qualités du corps, de la volonté et de l’esprit. Alliant le sport à la culture et à l’éducation, l’Olympisme se veut créateur d’un style de vie fondé sur la joie dans l’effort, la valeur éducative du bon exemple et le respect des principes éthiques fondamentaux universels.
  • Le but de l’Olympisme est de mettre le sport au service du développement harmonieux de l’homme en vue de promouvoir une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine.

Même si l’article 51 de ladite charte stipule qu’aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique, les athlètes seront tout à fait en droit de montrer leur désaccord avec la situation des Droits de l’Homme en Chine et ailleurs dans le monde. En effet, la charte olympique n’a aucune valeur contraignante sur le plan du droit, même si sur le plan sportif une contravention à ces règles reviendrait à une disqualification.

En revanche, le Pacte des Droits Civils et Politiques, signé en 1998 par la Chine a, lui, force contraignante. L’article 19, alinéa 2 mérite d’être rappelé : Toute personne a droit à la liberté d’expression; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix.

Il est dans le pouvoir de la Chine de faire changer les choses. Espérons qu’elle saisira cette magnifique occasion des Jeux Olympiques pour montrer au monde qu’elle n’est pas seulement un simple partenaire économique, mais aussi un exemple au delà de la compétition sportive !