Bréviaire des politiciens

Ne dis ni ne fais jamais rien qui puisse contrevenir à la bienséance, du moins en public; car même si tu agis spontanément et sans penser à mal, sois sûr que les autres, eux, penseront à mal systématiquement. Le mieux est de garder toujours une attitude réservée, tout en observant discrètement ce qui se passe. Prends garde, au demeurant, que jamais ta curiosité ne dépasse la limite de tes cils. C’est ainsi, me semble-t-il, que se conduit un homme avisé et assez habile pour se prémunir contre tout désagrément.

Autre règle: tu dois avoir des informations sur tout le monde, ne confier tes propres secrets à personne, mais mettre toute ta persévérance à découvrir ceux des autres. Pour cela, espionne tout le monde, et de toutes les manières possibles.

Qui pensez-vous lire dans ces quelques phrases ? Machiavel ? Raté ! Il s’agit du Cardinal Mazarin. Son Bréviaire des politiciens contient une multitude de maximes telles que celles que je viens de citer et se veut source de précieux conseils pour l’homme de pouvoir. Mazarin nous livre alors une splendide description de l’obtention du pouvoir grâce à la manipulation du consensus (pas encore démocratique à l’époque). Il s’agit en bref pour l’homme de pouvoir d’user judicieusement de l’art de la simulation, afin de gagner les bonnes grâces des plus puissants que lui, de se faire aimer de ses sujets, d’éliminer ses ennemis et de réussir à garder le pouvoir. Le Cardinal recherche avant tout l’efficacité dans la mise en oeuvre de ses politiques sans s’encombrer de morale ou d’équité. N’est-il pas extrêmement moderne en ce sens ?

Cardinal Jules Mazarin : Bréviaire des politiciens, traduit du latin par Francois Rosso, présenté par Umberto Eco, éditions Arléa

2 Responses to “Bréviaire des politiciens”


  1. 1 Aemilius

    Ayant lu le livre, je le conseille à tous.
    Cepandant cet ouvrage pourra choquer par son côté inhumain et égoïste.
    Mazarin a utilisé ces “règles” pour s’enrichir, accéder à un grand pouvoir, mais il s’est toujours éloigné de relations amicales sincères, et de tous les plaisirs de la vie en général.

    L’exactitude de ses préceptes est cepandant confirmer car, à sa mort, il laissera un héritage de 35 millions de livres, alors que sous l’Ancien Régime, aucun héritage n’atteignit ce niveau (cardinal de Richelieu: 16 millions. Charles Gonzagues: 5.5 millions).

  2. 2 Richard

    Tout à fait d’accord, Aemilius. Richelieu était sûrement plus haut en couleurs et bon vivant que Mazarin… Ce dernier semblait avoir une passion: manipuler les gens afin qu’ils servent ses propres intérêts.

    Mazarin n’est en aucun cas un exemple, mais il nous aide à percevoir jusqu’où l’homme est capable d’aller dans la perfidie. C’est sous cet angle que le livre est intéressant.

    Comment fonctionne le lobbying politique aujourd’hui? Et, dans un cadre plus large, la diplomatie interétatique? C’est du give and take de bout en bout. Mazarin nous apprend à ne pas “lâcher le morceau”! ;-)

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