En mars 2004, l’Assemblée nationale populaire chinoise a décidé d’inscrire la protection de la propriété privée dans la Constitution. Voici ce qu’en dit un journal réputé :
“La théorie des communistes peut être résumée en une seule phrase : l’abolition de la propriété privée. Nombre de communistes chinois souhaiteraient en privé que ces mots de Karl Marx soient aujourd’hui oubliés. [...] Les dirigeants de la Chine se battent pour garder leur idéologie visiblement inadaptée en ligne avec l’accélération des changements autour d’eux.”
Le journaliste occidental déroule un raisonnement impeccablement logique. Mais une lecture attentive permet d’en révéler les fondements culturels. D’abord il se réfère aux écrits de Karl Marx comme un chrétien se réfère à la Bible : le livre de la vérité. Il ne se rend pas compte que la Chine, comme on l’a vu, n’a pas l’équivalent des Saintes Ecritures. Ce n’est pas une culture du logos et de la vérité. C’est une culture de la transformation.
Cet extrait est tiré d’un livre fort intéressant pour tous ceux qui aiment se frotter à la pensée chinoise. Pensée tellement différente de la nôtre qu’il est nécessaire pour la comprendre de “désapprendre” nos réflexes - l’auteur parle même d’atavismes - intellectuels fondés sur la philosophie grecque… Un ouvrage passionnant à lire, puisque l’auteur (Chinois né en France) mèle récit d’expériences personnelles et réflexion philosophique/anthropologique sur les différences et points communs entre la pensée occidentale et la “sagesse” chinoise. Il cite à très bon escient François Jullien qui s’est donné pour mission de réinterroger la philosophie occidentale à partir de la pensée chinoise.
André Chieng : La pratique de la Chine, éditions Grasset
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