Peine de mort

En écoutant France Info pendant le déjeûner, une nouvelle pourtant brève m’a fait sursauter. Aujourd’hui est paru dans le quotidien Beijing Ribao un article défendant la peine de mort en Chine. Sachez que ce journal, même si sa ligne éditoriale s’éloigne quelque peu du ton trop officiel et rébarbatif des organes de presse du Parti, est tout de même sous contrôle de l’Etat chinois.

Un éditorial qui se fait l’avocat de la peine de mort ? Pourquoi pas… On trouve ce genre d’articles aux Etats-Unis tout comme de temps en temps dans les pages débat de nos gazettes européennes.

Ce qui m’a surpris - mais après réflexion et connaissance de l’état d’esprit chinois beaucoup moins - sont les arguments avancés. Apparemment, le journaliste n’est pas explicitement pour la peine de mort. Il estime seulement qu’une suppression de cette dernière serait néfaste pour la stabilité du pays, puisque les gens redoutent cette peine capitale (la “peur du gendarme” en quelque sorte). Je me suis remis en tête la devise de Hu Jintao, qui souhaitait établir une “société de l’harmonie”. A quel prix ?

La conclusion de l’éditorialiste - selon France Info - est la suivante: si l’abolition de la peine de mort en Chine doit se faire au détriment de l’harmonie du pays, alors il vaut mieux la garder. Point barre. Un pragmatisme qui frôle le cynisme, lorsque l’on sait que la facture de la balle qui sert à exécuter un condamné est encore souvent envoyée à la famille. Aucune considération sur la dignité humaine, une situation alternative, etc. Les Droits de l’Homme en Chine ont encore un très long parcours à effectuer !

Je remercie d’avance celui ou celle qui me dénichera l’article en question, de préférence traduit en anglais.

3 Responses to “Peine de mort”


  1. 1 Marie-Hélène Picat-Fischer

    La “realpolitik” économique chinoise pure et dure exige ce pragmatisme: des oeillères avec pour seule visée : les performances économiques, et le maintien de l’appareil du parti, ce qu’on appelle en termes élégants: “l’harmonie”, c’est à dire le yin et le yang au prix de l’horreur. Les hommes n’y ont pas de place. L’objectif avant tout. Jonathan Litell, le récent prix Goncourt, démontre parfaitement ce phénomène dans l’Allemagne du IIIè Reich. L’Histoire ad libitum.

  2. 2 Pierre

    Le débat sur la peine de mort n’a souvent pas grand chose à voir avec la peine de mort elle-même. Le “Tu ne tueras point” est pris de travers et généralement utilisé pour défendre les idées sentimentales à la mode. Dans la Bible il est écrit “Tu ne tueras point” (plus exactement: “tu ne commettras pas de meurtre”); il n’empêche que lorsque cela semblait “utile” pour la survie du peuple la “peine de mort” fut tout de même inscrite dans la LOI et parfois appliquée! Plus intéressants me paraissent les arguments d’efficacité d’une part et d’autre part de prudence dans le doute. Il n’empêche qu’en cas de conflits armés le soldat qui tue (quelques soient les précautions de l’usage légitime de son arme) applique une certaine “peine de mort”: celle-ci semble justifiée s’il n’y a pas d’autres moyens pour une société (ou pour une armée) pour se défendre. Quand on est responsable d’une population, d’une famille certains moyens, quand tous les autres sont épuisés, peuvent être nécessaires. Mais comment exercer un contrôle là-dessus? Enfin, tout ceci n’a rien à voir avec le cynisme des gouvernements totalitaires cités et le sentimentalisme déjà cité également.

  3. 3 Richard

    Merci, mon cher Pierre, pour cet avis comme d’habitude tout à fait éclairant (et éclairé !). Bien que fondamentalement contre la peine de mort, je suis tout à fait d’accord avec toi quant à son application “en dernier ressort”, en cas de conflit par exemple. C’est un peu la même chose lorsque l’on fait la distinction entre les termes “pacifiste” et “pacifique”. Je considère par exemple qu’il est absolument irrationnel d’être pacifiste…

    L’argument de prudence dans le doute (”in dubio pro reo”) est bien évidemment d’actualité si l’on regarde les statistiques des condamnations à mort “par erreur” aux USA par exemple.

    Tu soulèves aussi la question du contrôle. C’est tout le problème de l’organisation du système judiciaire dans nos démocraties. Que préférons-nous ? Des juges formés à cette tâche mais tout-puissants (cf. l’éternel débat sur une “France des juges”) ou des jurys populaires éventuellement manipulables comme aux Etats-Unis ?

    Le but de mon article était moins de réfléchir sur ces questions fondamentales que de montrer du doigt une réalité dangereuse: celle d’une certaine mentalité utilitariste de la classe dirigeante (politique et économique) chinoise. J’estime qu’il est désolant de voir disparaître dans la Chine d’aujourd’hui, pourtant si dynamique et accueillante, des valeurs millénaires fondées sur la paix, l’harmonie et le respect.

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