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Parsifal

GraalL’Opéra Bastille plein à craquer pour la première de « Parsifal » mardi 4 mars. C’est compréhensible pour des Français qui ont la réputation d’adorer de manière parfois déraisonnable le grand compositeur germanique. Quelle ne fut pas ma surprise de voir que l’accueil réservé à cet opéra fut pour le moins mitigé ! Quelques puristes autoproclamés ont en effet manifesté leur désaccord avec la mise en scène par des huées et des insultes lancées à l’encontre du metteur en scène (Krzysztof Warlikowski). En plus de trouver ce comportement stérile et enfantin, j’estime qu’il est indécent de ne pas au moins apprécier la quantité de travail fourni, même si celui-ci n’est pas considéré à la hauteur. On dirait bien que notre président a fait des émules ! Il semblerait qu’il soit devenu « à la mode » d’huer lors d’un spectacle. D’après plusieurs articles que j’ai lus, ce qui se passe à la Scala de Milan semble bien illustrer ce fait.

J’ai justement beaucoup apprécié cette mise en scène résolument moderne et qui utilisait tous les moyens techniques à disposition (projection de films, effets de lumière, amphithéâtre tournant). Cette mise en scène « multimédiale » permettait à un public peu initié de bien comprendre l’histoire, parfois très mystique et obscure, autour du Graal et de ses chevaliers. N’est-ce pas cela, la démocratisation de l’opéra sans tomber dans une mise en scène « jeans-baskets » ? Cela n’a pas plu au public français, « traditionnaliste ».

En revanche, et cela même les adorateurs intégristes du grand Richard en conviendront, la qualité musicale et artistique du spectacle était très élevée. Les solistes étaient tous parfaits, surtout la soprane Waltraud Meier déchirée et déchirante dans le rôle de Kundry et du bassiste Franz Josef Selig (timbre profond et chaleureux) dans le rôle de Gurnemanz. Les choeurs de l’Opéra de Paris, même s’ils manquaient un peu de précision par endroits, étaient célestes à souhait et l’orchestre, dirigé par l’excellent et précis Hartmut Haehnchen, déroulait son tapis sonore wagnérien de manière claire et articulée. Le travail remarquable des cuivres est ici à souligner !

Conclusion : à voir si vous êtes à Paris, même si vous n’êtes – comme moi – pas un adepte de Wagner. Vous verrez à peine passer les 5h15, contrairement à ce que peut affirmer Renaud Machart du Monde dans sa critique, injuste selon moi.

Une grande voix

Royal Albert HallLa star de la soirée du 6 août dans un Royal Albert Hall presque comble était incontestablement Renée Fleming. Rappelée à plusieurs reprises par le public, elle a laissé ce dernier sur sa faim, surtout après son extraordinaire interprétation de « Ich ging zu ihm » tiré de l’opéra Das Wunder der Heliane composé par Wolfgang Korngold en 1927. On était en effet presque tenté de penser que Korngold avait composé cette oeuvre sur mesure pour la célèbre soprano. Renée Fleming est avant tout une grande chanteuse d’opéra, et elle l’a démontré de nouveau hier soir. Son registre et sa brillance vocale lui font beaucoup mieux tirer parti des attaques lyriques des grands airs d’opéra que du romantisme et de la sombre mélancholie de certains Lieder austro-allemands. Cela fut le cas pour les Sieben frühe Lieder de Alban Berg interprétés avant l’entracte qui ont moins emballé le public que la seconde partie du programme.

La partie symphonique de la soirée était elle aussi très variée. L’interprétation de la 8ème symphonie de Beethoven en début de concert m’a franchement surpris. Gianandreo Noseda, chef à la baguette très dynamique du BBC Philharmonic Orchestra, aurait gagné à ralentir de quelques crans son rythme effréné et à plus insister sur les legati voulus par le compositeur. Le premier mouvement de la symphonie ressemblait par endroits à une marche militaire et donnait une impression d’effilochement… Curieusement, dans la symphonie n°2 de Schumann qui clôturait le programme, l’orchestre a su se lancer dans les aventures romantiques auxquelles l’invitait la partition. Les deux derniers mouvements étaient particulièrement réussis, les cuivres flamboyants étant purement et simplement parfaits et les cordes d’une remarquable précision.

Que dire de plus ? Un concert très réussi dans un cadre spectaculaire. Londres n’étant qu’à quelques heures de train de Paris, l’expérience sera sûrement renouvelée !

BBC Proms

Un programme intéressant pour le concert auquel j’assisterai lundi 6 août au Royal Albert Hall :

Renee FlemingRenée Fleming sings Berg’s luminous Seven Early Songs – tonight expanded with a new orchestration of an additional early song. Fleming also shows a more seductive side in two gorgeously upholstered arias by anniversary-composer Korngold. Schumann’s Beethovenian Second Symphony and Beethoven’s Eighth complete a varied Austro-German programme.

Beethoven
Symphony No. 8 in F Major (28 mins)
Berg
Seven Early Songs (18 mins)
An Leukon (arr. C. Gordon; UK premiere) (2 mins)

Interval

Korngold
Die Kathrin – ‘Ich soll ihn niemals, niemals mehr sehn’ (5 mins)
Korngold
Das Wunder der Heliane – ‘Ich ging zu ihm’ (7 mins)
Schumann
Symphony No. 2 in C Major (38 mins)

Renée Fleming soprano
BBC Philharmonic
Gianandrea Noseda conductor

Concert program and description courtesy of Royal Albert Hall.

Don Giovanni

Première réaction après cette soirée à l’Opéra Bastille: ne pourrait-on pas prolonger l’année Mozart en 2007 ? Cela fait du bien de pouvoir réécouter les plus grands chefs-d’oeuvre de ce compositeur qui sait nous faire rire, pleurer… ou les deux en même temps ! Et dans son Don Giovanni, il n’arrête pas. Il nous fait rire de la vacuité du personnage principal imbu de sa personne, pleurer pour l’amour inébranlable et vain que lui porte Donna Elvira et rire et pleurer en même temps – ma foi – de toute cette tragi-comédie nommée par Mozart lui-même drama giocoso.

Pourtant plutôt réticent à toute mise en scène moderne, je trouve que le choix de Michael Haneke est extrêmement judicieux pour un opéra tel que celui-ci. Il place le décor qui reste le même pendant la durée de toute l’oeuvre dans un gratte-ciel moderne. Jeux de lumière, de transparence du décor et la pénombre d’un bâtiment administratif la nuit donnent une ambiance tout à fait appropriée à la dernière nuit de Don Juan. Don Giovanni et Leporello sont habillés comme des jeunes tycoons en quête d’argent, de puissance et… de femmes ! Les rôles des servantes et domestiques sont quant à eux revêtus de l’uniforme d’une entreprise de nettoyage.

La mise en scène contribue à installer une deuxième histoire dans l’histoire originelle. Haneke nous donne un exemple parlant des relations ambigües et souvent empoisonnées qui règnent au sein d’une entreprise. La longueur des silences poussée à l’extrême dans les récitatifs nous incite à réfléchir sur l’impact du non-dit dans nos relations humaines.

Que dire des chanteurs ? On retiendra un Peter Mattei (Don Giovanni) à la carrure exceptionnelle (rien que physiquement, l’homme en impose). Il se plaît à narguer de sa voix de baryton charmeur les coeurs de ses conquêtes féminines et du public. Carmela Remigio qui chante sublimement Donna Anna et son destin tragique est l’une de ces soprani qui vous font monter les larmes aux yeux par leurs jeux de clair-obscur dans leur timbre qui sait s’adapter à chaque situation. La coquette et mignonne Zerlina, interprétée par Aleksandra Zamojska, manque encore un peu d’assurance, mais s’y prend très bien pour embobiner tous les hommes, à commencer par le sien (Masetto). Enfin, j’ai été impressionné par Arpiné Rahdjian (Donna Elvira) qui fait son début à l’Opéra de Paris. Sa voix pleine et majestueuse était parfaitement adaptée au rôle de la femme qui brûle d’un amour sincère pour Don Giovanni. J’ai retenu mon souffle lors de l’aria dans laquelle elle implore ce personnage immonde de l’aimer.

Pour terminer, l’orchestre de l’Opéra National de Paris est comme toujours un régal. Il est pour Don Giovanni sous la baguette du jeune chef allemand Michael Güttler, dynamique et précis, ce qui lui permet de nous livrer un Mozart très vif et plein de contrastes, mais aussi un Mozart plus silencieux, qui semble se recueillir par moments.